• 3 raisons de se passer du « prédicat » en cours de grammaire

     

    Professeur converti aux bienfaits de la prédication pédagogique.

     

    Dans les nouveaux programmes de grammaire, qui font du nettoyage par le vide, le prédicat fait figure d'exception. C'est une des rares notions nouvelles à être introduite. Foin des COD et compléments circonstanciels, qui ne servent à rien, c'est connu, et vive le très-utile et très-nécessaire prédicat !

    Venue d'on ne sait où, inscrite dans les programmes on ne sait pourquoi, cette notion doit avoir des vertus particulièrement précieuses pour venir à la place de nos chères disparues, qui semblaient pourtant indéboulonnables. Charivari, institutrice et blogueuse influente, a joué le jeu des nouveaux programmes et a essayé de montrer l'intérêt du prédicat pour ses classes de cycle 3 (du CM1 à la 6e).

    Nous voudrions montrer au contraire le peu d'intérêt, voire le caractère néfaste, de cette notion, à plus forte raison à l'école primaire.

      

    1) Le prédicat arrive trop tôt.

    Le prédicat étant la caractéristique (qualité ou action) dont on fait suivre un sujet donné, il pose un problème de délimitation à nos jeunes élèves. En effet, il n'y a pas trente six solutions pour le trouver. Soit l'on entre véritablement dans la logique de la proposition (elle pose un sujet dont elle montre ensuite un aspect particulier), soit l'on procède mécaniquement, par élimination.

    Prenons un exemple :

    « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »

    Dans cette proposition, Proust veut dire quelque chose à propos de lui-même (« je »), à savoir qu'il s'est longtemps couché de bonne heure. Il faut donc dans un premier temps trouver le sujet, pour ensuite délimiter ce qu'on dit de lui.

    Malheureusement, il a suffi que l'adverbe « longtemps » ait été mis en relief à gauche du sujet, séparé par une virgule, pour que le cas se complique. Le prédicat n'est pas « me suis couché de bonne heure ». Proust ne veut pas dire qu'il s'est couché de bonne heure la nuit dernière. Le mot « longtemps » appartient en propre au prédicat : sinon, le sens change et cette magnifique phrase liminaire perd tout son pouvoir évocateur.

    Aucun élève de cycle 3 ne parviendra à repérer le prédicat entier dans cette phrase, qui ne présente pourtant aucun excès de complication.

    Si je parviens, moi, professeur de français, à isoler le prédicat de cette proposition, c'est parce que j'ai analysé préalablement le sens et le rôle syntaxique de l'adverbe. En outre, j'ai tout de suite repéré le sujet de la proposition, « je », sans me laisser berner par sa position seconde ni par sa brièveté. Les élèves qui l'auront repéré seront ceux qui auront travaillé efficacement sur le repérage du sujet du verbe et sur le pronom personnel en fonction de sujet.

    Pour qu'un élève de cycle 3 parvienne à faire cet exercice, il faudra se contenter de phrases encore plus simples, comme « La marquise est sortie à cinq heures. »

    Mais il y a toutes les chances que cette réussite sera purement mécanique et que l'élève aura procédé par élimination, repérant le sujet en début de phrase et décrétant que tous les mots qui suivent en sont le prédicat. Quel intérêt pour la compréhension de la logique de la phrase ?

    La notion de prédicat n'a donc d'intérêt que si elle est enseignée après un travail d'analyse mot à mot des propositions, en fin de CM2 ou en début de 6e.

     

    2) Le prédicat seul n'aide ni à écrire, ni à lire, ni à penser.

    Pour faire de la place au prédicat, on a supprimé des programmes l'étude des compléments circonstanciels et même des compléments d'objet.

    Ou plutôt, on a jugé que le prédicat pouvait les remplacer avantageusement. Puisqu'on adoptait la « méthode Wilmet » pour accorder les participes passés, plus besoin de COD ! Et la distinction entre compléments de phrase et compléments du verbe semblait permettre de se passer de l'idée de circonstance (qui fait débat dans la linguistique moderne) et de ses différentes incarnations (but, lieu, temps, conséquence, manière, etc.)

    Tout cela au nom de l'utilité. Le prédicat permettrait d'apprendre à mieux écrire. C'est en tout cas l'argument central du plaidoyer de Charivari.

    Pourtant, on l'a vu, enseignée trop tôt, la notion n'est assimilable que purement mécaniquement, ce qui empêche de la transférer sur le plan de l'écriture. Un élève qui ne fera que plaquer le même schéma réducteur sur des phrases comme « La marquise est sortie à cinq heures » n'aura pas de compétence particulière dans la construction des phrases.

    On peut arguer que la connaissance des compléments de phrase, notion associée à celle de prédicat, permettra d'en faire ajouter aux élèves. Mais veut-on des élèves qui commencent systématiquement leur phrase par un complément ? C'est une capacité d'écriture fort utile, mais quand on sait l'utiliser avec jugement, et surtout en se posant la question du sens, et donc des catégories sémantiques traditionnellement étudiées au moment du cours sur les compléments circonstanciels.

    Bien plus utile pour l'écriture est la connaissance des différents compléments circonstanciels, qui permettent aux élèves d'expliquer plus précisément l'action qu'ils racontent, en en précisant le cadre spatio-temporel, les tenants et les aboutissants.

    Surtout, on ne peut accepter de voir ces notions grammaticales réduites à l'alternative de servir à l'orthographe grammaticale ou bien à l'écriture. La grammaire, le COD et les CC, ce sont aussi des notions utiles pour la lecture.

    Combien d'élèves sont perdus dès qu'on sort d'une phrase simple, faute d'avoir intégré l'idée de l'objet de l'action (c'est-à-dire de la construction du verbe et de sa transitivité). De même, une mauvaise intégration de l'idée de circonstance (et de la nature de la préposition), les fait souvent prendre un nom désignant une circonstance avec le sujet du verbe, tout cela parce que c'est le premier nom de la phrase. Sans une bonne pratique de l'analyse grammaticale (qui est in fine une analyse logique de la proposition, de la logique de la proposition), il est très difficile de se repérer dans des phrases longues et contournées.

    « Peu importe », diront certains. Tout dépend si l'on veut rendre tous les élèves capables de lire dans le texte un peu de littérature classique dans la suite de leurs études…

    Mais même sur le plan de l'écriture, des notions comme le COD et le complément circonstanciel, avec toute la logique de la phrase qu'elles contiennent, peuvent être utilisées pour donner des notions d'écriture littéraire. Je pense à un très bel exercice du manuel d'écriture Apprendre à rédiger pas à pas, chez Nathan, où l'on demande de faire attendre l'objet de l'action en le séparant de son verbe par une suite de compléments circonstanciels. Ou bien celui consistant à inverser le sujet pour faire commencer la proposition par un complément circonstanciel. Comment envisager ce type d'exercices, si propres à développer le style, si l'élève vient juste de découvrir la notion grammaticale ad hoc ? De même, et c'est le professeur de lycée qui parle, l'analyse stylistique ne peut se passer de ces notions, alors que l'on n'emploie jamais celle de prédicat dans une analyse littéraire. Mais là encore, si l'on pense que l'explication de texte est un exercice obsolète, cet argument ne convaincra pas…

    Plus largement, la perte des COD et CC, autorisée et légitimée par l'étude du prédicat, est une perte pour la structuration de la pensée. Objet, action, sujet, circonstance, but, conséquence, cause, etc. C'est dans le cours de grammaire que toutes ces catégories de la pensée sont vues pour la première fois pour elles-mêmes et de manière explicite. Réduire l'enseignement de la grammaire comme peau de chagrin en cycle 3 lui enlève son statut de propédeutique à la philosophie et au raisonnement logique.

     

     

    3) Le prédicat est redondant.

    Je ne voudrais pas laisser penser qu'il n'est pas utile d'avoir une perception de la structure informative des phrases, telle que le permettrait la notion de prédicat. Mais encore une fois, cette perception n'est possible qu'avec de bonnes notions grammaticales.

    Pas besoin de prédicat pour apprendre aux élèves à faire des phrases complètes avec un sujet, un verbe et un complément. Ces notions suffisent. Il est tout à fait possible de faire sentir qu'une phrase est complète sans utiliser le mot de prédicat ni faire un cours dessus.

    Mais arrivé à un certain point, il est indispensable de faire un retour sur la structure globale de la phrase. Et pour ce faire, la grammaire scolaire traditionnelle dispose d'une notion parfaitement opératoire : la notion de « proposition ».

    Évidemment, si on expose cette notion de manière purement formelle, en la décrivant comme toute suite de mots cohérente contenant un verbe conjugué, les effets sur la perception de la logique des phrases seront nuls. On en sera réduit à faire compter les propositions en relevant les verbes conjugués, exercice utile mais auquel ne peut se réduire ce cours.

    La proposition consiste justement à dire quelque chose « à propos » d'un sujet (sujet grammatical et logique, mais aussi « sujet de conversation »). Ce « propos » recoupe à peu près ce qu'on veut faire étudier sous le nom savant de « prédicat ».

    Mais c'est justement la différence. Le prédicat ne veut rien dire à des enfants de 10 ou 11 ans. Les mots de la grammaire sont d'autant plus efficaces qu'ils peuvent être glosés et servir de repères mnémotechniques aux élèves. C'est le cas pour « l'adjectif », qui s'ajoute, le « complément » qui complète, le « nom » qui nomme, etc.

    Le prédicat ? Il prédique. Il sert la prédication. Rien de bien clair pour ces jeunes élèves ! *

    En revanche, tenir « un propos » sur « un sujet », parler « à propos » de quelque chose, et voilà une belle conversation à avoir avec la classe, enrichissante à la fois pour leur vocabulaire usuel et pour leur intelligence de la langue !

     

    ***

    Prédicat, compléments de verbe ou de phrase, sujet : la grammaire ne peut pas se contenter de ces notions pour donner le sentiment de la logique de la langue. À trop vouloir commencer doucement l'étude de la grammaire, on court le risque de lui enlever toute utilité pour l'écriture, la lecture et la pensée.

    La grammaire ne peut se contenter d'être l'étiquetage des parties d'une phrase. Ce travail d'analyse doit permettre d'entrer dans le sens de la phrase, et de s'habituer à sa logique. Pour cela, on ne peut pas faire l'économie de catégories mêlant à la fois la syntaxe ET le sémantique. Ce n'est pas le cas du prédicat, qui donne une description bien trop sommaire du langage.

    De la grammaire low cost, en somme, et bien peu rémunératrice sur le plan pédagogique.

    PS : un article complémentaire sur le blog Je suis en retard : http://celeblog.over-blog.com/2016/02/le-prediquoi.html


  • Commentaires

    1
    Mercredi 24 Février 2016 à 23:56

    Et je songe, s'agissant du second point, à la question de la voix passive : sans COD, comment transformer à la voix passive ou, au contraire, identifier la voix active (toujours au programme de cycle 4) ?

    2
    Timis
    Jeudi 25 Février 2016 à 08:16

    Bonjour, quelques questions / remarques. 

    Déjà, je ne comprends pas pourquoi vous répétez plusieurs fois que les CO et les CC disparaissent ce qui est faux : les CO font partie des compléments de verbe et les CC des compléments de phrase. Les COD / COI / COS sont ensuite différenciés en 6ème. 

    Personnellement, j'aime bien ces nouvelles catégories qui permettent mieux je trouve de distinguer ce qui est essentiel ou pas. Faites le test en classe de CM2 avec la phrase "Je vais à Paris", la quasi totalité dira que "à Paris" est un complément circonstanciel de lieu. Là il ferait partie du prédicat et serait donc un complément de verbe obligatoire dans la phrase. 

    Ca c'était mon point de vue plutôt axé sur la "défense" du prédicat et de ces nouveaux termes. 


    Après votre première raison me questionne beaucoup. Vous avez l'air plus doué en grammaire que moi (j'avoue que je reste volontairement à des phrases toujours simples et faciles à analyser  avec mes CM2). 

    Longtemps, je me suis couché de bonne heure. 

    Si on analyse aujourd'hui, à nouveau on va retrouver des élèves qui nous disent que "de bonne heure" est un CCT, et "longtemps" je sais pas trop CC de durée (avec le nombre de CC qui existent je m'y perds un peu) ? 

    Et je ne comprends pas trop en fait pourquoi ça sera essentiel à la phrase (c'est une vraie question hein !). "Je me suis couché" est pour moi la phrase minimale. La phrase citée est beaucoup plus belle en entier, mais pour moi le prédicat est "me suis couché' niveau grammatical. 

    3
    Jeudi 25 Février 2016 à 09:50

    Ma question est : en quoi est-il problématique qu'un élève dise que "à Paris" est un CCL ? 

    Si ça l'aide à comprendre l'agencement et la logique de la phrase...

    Les CO et CC disparaissent en cycle 3, c'est un fait. En 6e, c'est trop tard. Question de timing. 

      • Timis
        Vendredi 26 Février 2016 à 10:50

        Ca me pose un sacré problème personnellement qu'un élève puisse penser que dans la phrase "je vais à Paris", "à Paris" est un élément facultatif qui peut disparaître. 

        Parce que "je vais" n'existe pas en français et que justement ils n'ont alors aucune logique de la phrase. 

        Alors qu'au pire dans la phrase de Proust "je me suis couché" est correct, donc ça m'embête beaucoup moins. 

         

        Je maintiens que les CO et CC sont des termes qui disparaissent mais ils sont englobés dans l'étude de nouveaux termes. 

        Et je pense qu'on peut apprendre à tout âge et que du coup faire la distinction entre COD et COI en 6ème n'est pas trop tard (et de toute façon, encore faudrait-il qu'on m'en explique l'intérêt...)

    4
    Jeudi 25 Février 2016 à 10:29

    Je reviens sur Proust.

    Non, le prédicat, c'est "me suis couché de bonne heure longtemps" ou" me suis longtemps couché de bonne heure". 

    Le prédicat, c'est de la logique. A ne pas confondre avec la distinction thème/rhème (un support et une information donnée sur ce support). Là oui, "me suis couché de bonne heure est le rhème.

    Mais si on supprime "longtemps" du prédicat, le sens change. Le but de la grammaire est tout de même aussi de mieux comprendre les phrases qu'on donne à lire, non ?

      • Timis
        Vendredi 26 Février 2016 à 10:51

        Ben justement je ne comprends rien à ce que vous dites....oops

    5
    av
    Samedi 11 Juin 2016 à 06:01

    Bonsoir,

    J' ai très bien compris les explications du le professeur.

    Merci, c'est très clair et je vais pouvoir continuer à enseigner à mes enfants la grammaire de Grezes et Dugers. 

    MA

     

     

    6
    phany
    Dimanche 12 Juin 2016 à 12:20

    Bonjour.

    J'ai travaillé de manière quotidienne cette année avec mes élèves de CE1 et de CE2 sur l'analyse grammaticale des phrases : fonction et nature.

    Cela a très bien fonctionné et mes CE1 en cette fin d'année reconnaissent le sujet, le verbe, mais également les CO et les CC. Au niveau des classes grammaticales il sont au point également.

    Je reviens sur la phrase citée plus haut :

    Je vais à Paris

    Pour moi, à Paris est un CCL et pourtant je ne peux ni le supprimer ni le déplacer.

    Donc il ferait partie du prédicat ? Moi qui n'y mettais que les CO et attributs du sujet.

    Et si à Paris n'est pas un CCL, c'est quoi ?

     

      • Bibou41
        Jeudi 7 Juillet 2016 à 09:19

        Bonjour,

        Dans la phrase "Je vais à Paris": "à Paris" , ne pouvant être ni déplacé ni supprimé,  n'est pas un CCL mais un CIL (un complément indirect de lieu) . C'est un complément essentiel introduit par une préposition donnant un renseignement sur le lieu et donc il fait partie du prédicat. 

      • Jeudi 7 Juillet 2016 à 11:08

        Oui, c'est aussi ce que j'ai appris. Mais cette analyse me semble inutile au niveau collège. Elle repose sur des critères de distributivité que je juge néfastes pour les élèves. Je préfère que les élèves me parle de CCL, en prenant le sens sémantique de la circonstance (et non son sens syntaxique de facultatif) : il est vrai que "Paris" n'est pas à proprement parler la circonstance de l'action d'aller, mais cette petite erreur me semble très acceptable, au moins jusqu'au niveau licence. 

        Bref, au diable l'exactitude s'il faut pour cela mettre en péril la robustesse du système !

    7
    CP
    Vendredi 15 Juillet 2016 à 08:13
    Pourquoi enseigner aux élèves des notions erronées en primaire? Ça ne peut qu'embrouiller l'esprit des élèves par la suite et ça ne leur rend pas service.

    Un CO n'a rien à voir avec un CC... autant utiliser les bons termes dès le départ.
      • Vendredi 15 Juillet 2016 à 09:50
        Je n'ai jamais dit d'enseigner que le CO, c'est la même chose que le CC. Mais je donne en revanche un sens précis à "objet".
        Et puis, il y a une différence entre erroné et partiel, restreint. Pas de problème pour enseigner en maternelle que l'on voit le soleil tourner autour de la terre.
    8
    JC83
    Vendredi 26 Août 2016 à 18:28

    Bonjour professeur

    Je partage totalement votre point de vue sur le prédicat - et sur la grammaire en général. L'emploi du terme "prédicat" est à la fois d'une préciosité navrante et tout aussi inutile que celui de "groupe verbal", que je n'emploie jamais dans ma classe.
    D'ailleurs, cette notion de "groupe" - même nominal - est très difficile à appréhender pour un élève de primaire et quand on lui demande par exemple ce qu'il entend par G.N.S. au début de l'année de CM2, on a droit dans la quasi-totalité des cas à un enchaînement d'inepties.
    Le problème à mon avis a deux causes, liées.
    Tout d'abord, les enseignants de primaire ont en général de sérieuses lacunes grammaticales du fait de la quasi-absence d'apprentissage en amont, en particulier dans les Écoles Normales, puis IUFM, puis ESPE (ce qui conduit à des échanges surréalistes sur certains blogs).
    Enfin, on demande aux élèves d'employer des termes précis qu'ils ne comprennent absolument pas et se contentent de répéter au petit bonheur la chance, alors que cette compréhension est essentielle pour la logique des analyses et la construction progressive d'un savoir.

      • PF93
        Samedi 27 Août 2016 à 16:05

        Complètement d'accord. On a beau me chanter sur tous les tons que le prédicat est une notion tellement plus simple à appréhender et à enseigner, je bute sur chaque phrase que j'analyse. Et j'ai 40 ans !! Alors mes pauvres élèves, j'imagine un peu ce que cela va donner.

      • Dimanche 28 Août 2016 à 12:06

        Je ne pointe pas tant que ça les lacunes disciplinaires des instits. Plutôt la tendance à tenir l'état universitaire de la "science" grammaticale comme LE contenu à transmettre aux élèves, sans mise en perspective historique. Le prédicat est enseigné en fac : il faut l'enseigner au primaire. On parle de déterminants, on fait de la grammaire distributionnelle : il faut faire pareil dans les petites classes.

        Personnellement, je recommanderais une grande prudence vis-à-vis de ces "acquis" scientifiques. Et de manière plus risquée, j'irais même jusqu'à douter de la validité de certains concepts linguistiques récents. 

      • Bonnieb91
        Mercredi 28 Septembre 2016 à 18:09

        Bonjour à tous.

        Je lis avec grande attention ce débat autour du "prédicat". Nous sommes maintenant un mois après la rentrée et voici ce que je peux en dire.

        Je note tout d'abord la profonde estime que JC83 a pour les enseignants du primaire qui, à en croire ses mots, n'ont aucune idée des enjeux de la grammaire. Pauvres de nous... Voyez-vous, je dois être l'exception qui confirme la règle car me voici au milieu de ces grands penseurs que vous êtes.

        Je vais malgré tout tenter et oser... donner mon point de vue ! Je suis enseignante en CE2/CM1 et je constate depuis des années que la grammaire est bien trop lourde pour des élèves de 8-9 ans. Tout aborder lors d'une année scolaire est un parcours du combattant pour nous bien sûr mais surtout pour nos élèves qui ont une multitude de terminologies et de notions à mémoriser. Nous gardons comme objectif principal que tous sachent distinguer la nature et la fonction d'un mot en fin d'année. Il est vrai que j'ai toujours parlé de COD/COI/CC avec mes élèves et cela m'a toujours paru cohérent de l'évoquer ainsi.

        En revanche, dans la pratique, la notion de prédicat est intéressante car elle permet de montrer efficacement et immédiatement ce qui est essentiel ou pas dans une phrase, ce qui est déplaçable ou non, ce qui est supprimable ou non. Par ailleurs, parler de complément de phrase n'interdit pas non plus de préciser quelle type d'information nous donnons à cette même phrase. Et vous disiez, que cela ne permettait pas aux enfants de mieux écrire? C'est pour moi une erreur. Tout d'abord, nous avons davantage de "temps" pour écrire avec eux, mais ceci reste juste une question d'organisation me direz-vous. L'essentiel réside ailleurs. L'élève rédige mieux car il définit sa phrase par sa cohérence sémantique: de quoi je parle, ce que j'en dis; il crée des relations entre les mots choisis conformément à ce qu'il a étudié plus simplement (réemploi en situation) et enfin, pas des moindres, il associe sa phrase à un véritable acte de langage... et de liberté peut-être...

        Désormais, il nous faudra quelques années de recul pour voir si les bénéfices de ces changements apparaissent clairement ou non.

      • Mercredi 12 Octobre 2016 à 21:04

        Bonnie, 

        Puisque vous enseignez COD et CC à vos élèves, nous allons nous entendre. Ce sont pour moi des notions vraiment essentielles, y compris en primaire. Du moment qu'on enseigne ce qu'est le sujet d'une action, pourquoi ne pas enseigner ce qu'est son objet ? De même, si on parle d'action, pourquoi ne pas parler des circonstances de l'action. 

        Mais, pour rappel, ces notions ne sont plus présentes dans les programmes de C3 ! Le prédicat, qu'on y trouve un intérêt ou non, sert de prétexte à l'appauvrissement sémantique de l'analyse grammaticale. 

        Sinon, je suis d'accord que l'analyse "informationnelle" et pragmatique de la proposition est intéressante. Mais on peut le faire avec la notion de proposition, à revivifier, au lieu de continuer de l'enseigner de manière purement formaliste. 

        Je ne suis pas du tout convaincu qu'il faille passer énormément de temps sur ce mode d'analyse avant de rentrer dans l'analyse mot à mot, qui est tout aussi importante pour l'exercice d'une forme de "liberté" d'expression (au sens propre) 

         

    9
    JC83
    Samedi 1er Octobre 2016 à 13:03

    A l'intention de Bonnieb91

    Vous vous méprenez totalement sur mon estime des enseignants du primaire - dont je fais partie !

    Il s'agit ni plus ni moins d'un constat. les collègues de mon école en sont d'ailleurs bien conscients. Je pourrais étendre ce constat aux mathématiques, cela n'aurait rien de nouveau.

    Inutile de faire de l'ironie sur les "grands penseurs" que nous serions.

    Quant au reste de votre discours sur la grammaire et ses liens avec l'expression écrite, il correspond en tous points à celui que j'ai pu lire sur le blog de Charivari...


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    10
    mimi971
    Jeudi 6 Octobre 2016 à 15:58

    en tant que parent, ayant aussi été élève par le passé, cette notion me perturbe, ne me permet pas forcément d'apporter la meilleur aide à mon enfant, puisque c'est une notion que j'ai du mal à maitriser.

    on reproche souvent le manque d'implication des parents dans les études de leurs enfants, mais si le système lui même fait tout pour les en exclure, en amenant des notions nouvelles qu'ils ne maitrisent pas...qu'il en soit ainsi!!! et les écarts se creuseront encore, souvent les milieux sociaux...

    il y a peut être d'autres réformes à faire, ou pas d'ailleurs, pour que les choses aille mieux!

    11
    jilito
    Samedi 22 Octobre 2016 à 18:51

    petites questions : 

    dans 

    Les animaux arrivent près du point d'eau.

    La course se déroulera dans quelques jours.

    et enfin

    Ton père et toi restez longtemps devant la télévision.

    les prédicats sont bien les éléments que j'ai soulignés?

    Et si j'ai bien compris, il ne s'agit pas de repérer le sujet, les compléments supprimables (cc) pour découvrir le prédicat. En fait, pour trouver le prédicat, il faut vraiment se questionner sur le sens, des CC peuvent appartenir au prédicat, comme ici, près du point d'eau, dans quelques jours et longtemps. Ou alors, ce que je considère comme des CC ne le sont pas car les supprimer change complètement le sens du verbe ("arriver" différent d' "arriver près")?

    Honnêtement, moi je trouve que c'est pas évident quand même, on ne nous a pas expliqué le prédicat, et on nous demande de l'enseigner, on plaque nos anciens raisonnements sur un nouveau concept (pour nous), mais ça ne marche pas.

     

    12
    Bruno
    Samedi 5 Novembre 2016 à 06:54

    Merci Professeur, j'avais l'impression d'être tout seul sur mon île, entouré de prédicats agressifs ! Encore une fois, nos penseurs bien-pensants confondent simplification avec appauvrissement, et pour s'en cacher, linguistique avec verbiage : car parler de prédicat plutôt que de groupe verbal —le prédicat de la phrase, c’est-à-dire ce qu’on dit du sujet (très souvent un groupe verbal formé du verbe et des compléments du verbe s’il en a) (BO)— à des élèves de CM n'est pas porteur de sens pour eux. Et je pense aux pauvres stagiaires qui sont obligés, car évalués, d'appliquer ces bêtises ! À croire que nos penseurs précités n'ont jamais vu un élève de CM ! En fait, ça doit être ça.

    13
    iml
    Dimanche 11 Décembre 2016 à 10:53

    Et bien je ne sais pas à qui vous enseignez mais moi depuis que je suis passée au predicat tous mes élèves  maitrisent les compétences de grammaire.

    Il faut juste lire les travaux actuels et non ceux du siècle passé

      • JC83
        Dimanche 11 Décembre 2016 à 12:04

        Alléluia ! ;)

    14
    Gabrielle
    Lundi 12 Décembre 2016 à 20:59

    Moi je suis en CM1 et j'étudie le prédicat. Je n'y comprends rien du tout. 

    Alors que quand ma maman m'apprend le COD et le COI et les CC je comprends tout.

    Ma prof dit que c'est INDISPENSABLE!

    Mais le prédicat ça sert a rien!

     

      • un parent
        Samedi 7 Janvier à 15:38

        une parole d'enfant ...

    15
    Samedi 31 Décembre 2016 à 13:07
    Dr Yûl

    Merci pour cet article très intéressant. Ayant enseigné à la fois dans le supérieur et en primaire, je trouve effectivement que cette notion de prédicat n'est pas indispensable en primaire, d'autant plus qu'il s'agit d'un concept "nouveau" pour lequel les parents d'élèves ne seront d'aucune aide.

    J'ai tenté de présenter la notion sur mon blog.

    Cordialement,

    16
    un parent
    Samedi 7 Janvier à 15:32

    Bonjour à tous.

    Tout d'abord, meilleurs vœux à vous et à ceux qui vous sont chers.

     

    Comme mon pseudo l'indique, je ne suis pas enseignant, mais parent d'une petite fille de deux ans.

     

    J'ai entendu parler, ce matin, de cette modification du programme scolaire et m'interroge sur le point suivant : comment participer, à mon niveau, à la bonne instruction de mon enfant, sachant que, comme beaucoup, j'ai appris la grammaire dans les années 80. On parlait alors de COI, de COD, etc.

     

    Alors, lui expliquer ce qu'est un prédicat et rentrer dans ces nouvelles considérations techniques ...

     

     

    Ses futures lectures seront, pour moi, certainement l'occasion de lui transmettre mon amour de la langue française, écrite comme parlée, mais la question mérite d'être posée : comment agir, en tant que parent, en bonne intelligence avec l'éducation nationale ?

     

    Cordialement.

      • Samedi 7 Janvier à 17:05
        Dr Yûl

        Je me permets de vous répondre en tant qu'enseignant. Votre fille ayant l'âge de deux ans, rassurez-vous, elle n'entendra pas de sitôt parler de prédicat. Certains enseignants continueront de parler de COD et COI, d'autres parleront de "compléments du verbe" (les CO) et de "compléments de phrase" (les CC), d'autres enfin utiliseront la notion de prédicat en complément ou en remplacement de celles-ci. Dans tous les cas, il n'y a pas lieu de s'affoler, les élèves seront habitués à cette terminologie par des exercices répétitifs qui la leur rendront naturelle.

      • Samedi 7 Janvier à 20:17
        Dr Yûl, c'est là qu'on voit les limites de la grammaire scolaire moderne, qui augmente la terminologie, au mépris du plus élémentaire des principes pédagogiques.
        Sinon, merci pour la mise au point sur votre blog. Il me semble simplement que sujet / prédicat ne recoupe pas exactement thème / rhème. L'un est purement logique,l'autre "informationnel".
    17
    ValM
    Mercredi 11 Janvier à 19:07

    Parent d'élève (en terminale, seconde et CP), je n'ai comme beaucoup jamais entendu parler du "prédicat"... jusqu'à cette année : je prépare le CAPES d'anglais (en reconversion) et j'ai découvert  toute une grammaire jusqu'alors inconnue et me suis même demandée si je n'étais pas totalement nulle. Pour m'en sortir, je me suis achetée un livre sur la syntaxe anglaise, conseillé sur un forum et j'ai par la suite échangé sur ledit forum avec une personne qui s'est avéré être l'auteur. J'avais de nombreux points de divergences avec le livre (l'auteur indique par exemple qu'il ne croit pas en l'existence du complément circonstanciel de lieu et en ce qui concerne l'apposition, dans certains cas, il préfère parler "d'épithète détaché" en indiquant que certains grammairiens n'emploient pas ce terme). J'ai donc demandé à l'auteur s'il y avait autant de théories que de grammairiens et il m'a répondu "oui"... Stupeur ! Laquelle dois-je suivre pour l'épreuve de réflexion linguistique ai-je demandé et on m'a dit que toutes les théories, si bien expliquées, étaient acceptées.

    Du coup, je ne comprends pas bien que l'on impose aux professeurs des écoles ce genre de terme, qui n'appelle qu'une théorie pas forcément reconnue par tous les spécialistes, et qui, à mon sens devrait se cantonner aux études universitaires. Autre livre de syntaxe (anglaise), je cite :

    "note sur le prédicat:
    ce terme ne sera guère employé dans ce livre, mais il est utile de le connaître. Le terme a plusieurs emplois. Pour certains, un prédicat est tout ce qui n'est pas le groupe nominal sujet. Pour d'autres, un prédicat est quelque chose qui met des termes en relation (Joan loves iceream). Il peut se faire qu'un prédicat mette en relation un terme avec lui-même (dogs dark).Si vous ne voyez pas actuellement l'utilité de ces distinctions, vous pouvez continuer quand même. Leur importance ne devient essentielle qu'à un niveau d'analyse plus avancé."

    On s'interrogera sur l'utilité de son introduction en cycle 3...

    ValM

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