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    Bannie de l'école primaire, la dictée se refait une santé dans les maisons de retraite.

     

    Au moment où Mme la Ministre réussit un bon coup de com' en déclarant "obligatoire" une dictée quotidienne à l'école primaire, il convient de rappeler l'intérêt de cet exercice en faisant un peu de ménage dans les critiques qui lui sont faites. 

    1 - La dictée est un exercice artificiel.

    L'orthographe ne pourrait se pratiquer que dans des situations d'écriture, de "production" d'écrit. Personne n'écrit sous la dictée dans la vraie vie.

    Faux : la dictée prépare à la prise de notes, pratique fondamentale dans le monde professionnel d'aujourd'hui. En outre, rédiger un texte, c'est aussi, bien souvent, se dicter les phrases à soi-même. C'est surtout le cas dans des phases de mise en forme, ou bien dans le cas de phrases un peu complexes qui nécessitent un temps de réflexion purement formel. 

    2 - La dictée n'apprend rien, c'est un exercice d'évaluation.

    Faux : en prenant en note un texte qui n'est pas le nôtre, on s'entraîne à exercer son attention à la dimension formelle de l'expression langagière. On n'apprend pas de règles d'orthographe en pratiquant la dictée, mais on s'exerce à les mettre en oeuvre. 

    3 - La dictée est un exercice purement formel.

    Faux : pour pouvoir prendre un texte sous la dictée, il faut impérativement le comprendre. Un enseignant consciencieux commence toujours par lire le texte et à en faire l'explication, sous une forme ou sous une autre, de manière plus ou moins longue. 

    Une dictée bien faite entraîne justement à faire tous les allers et retours nécessaires entre le sens et la forme.

    4 - La dictée met les élèves en échec.

    Faux, si l'on pratique très tôt la dictée, dès l'apprentissage de l'écriture, et qu'on commence aussi l'apprentissage de l'orthographe au même moment.

    De la même manière que l'on doit lier dès le départ l'apprentissage des quatre opérations à l'apprentissage de leur utilisation concrète, il faut lier l'écriture et l'orthographe, notamment par l'exercice de la dictée. 

    Pratiqué ainsi, il n'y a pas de raison pour que les élèves ressentent la dictée comme un exercice piégé. Malheureusement, les nouveaux programmes de français retardent l'apprentissage systématique de l'orthographe et le dissocient du moment de l'apprentissage de l'écriture-lecture. 

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    Ajoutons que la dictée n'est pas essentiellement liée à une notation dégressive, sur 20 ou sur 10, ni même à la note chiffrée. Les opposants à la dictée en donnent une image figée, engoncée dans un amalgame de caractéristiques accessoires, qui ne remettent pas en cause l'intérêt de l'exercice. 

     


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    Aujourd'hui, bien qu'en poste en lycée, je suis en grève. Pourtant, la réforme du collège qui prendra effet en 2016 n'est pas l'apocalypse annoncée. Elle n'est pas non plus la panacée qui remédiera à tous les maux qui frappent le collège.

    Voici un décompte des victimes, tout personnel bien sûr. 

    1 - Une certaine liberté d'organisation

    Encourager la pédagogie par projet ne serait pas un scandale si on ne l'imposait pas. À la limite, un plan de formation obligatoire à destination des collègues du secondaire permettrait de leur donner envie d'essayer des méthodes "nouvelles", ou les armes pour les rejeter. 

    En revanche, tout porte à penser que la mise en place de cette pédagogie va entraîner une augmentation des contraintes. Nul ne pourra y échapper : adieu la liberté pédagogique !

    Pas forcément d'horaires fixes dans les emplois du temps, mais une obligation de rendre compte des projets élaborés avec les collègues, pour certifier que l'on est dans les clous de la réforme. Des projets choisis par d'autres, avec des collègues désignés, sur des thèmes désignés. 

    Dans le meilleur des cas, les principaux et les inspecteurs laisseront tranquilles les professeurs, qui feront semblant. Mais alors, quel serait l'intérêt de la réforme ? 

    Dans le pire des cas, poussée par le ministère et les rectorats, la hiérarchie réclamera des comptes aux enseignants, faisant atteindre des proportions inédites à l'intervention de l'Etat dans la dimension pédagogique du métier. 

    2 - Une certaine logique de l'enseignement

    Qu'on soit pour ou contre l'organisation actuelle, il faut reconnaître qu'elle est simple à mettre en place : une matière, des leçons d'une heure, parfois d'une et demi, un professeur. 

    L'élève sait où il en est, même s'il peut souffrir de la multiplication des matières différentes et des moments différents dans la journée. 

    Les projets, disciplinaires ou interdisciplinaires, peuvent être faits dans ce cadre : il suffit de prendre les heures d'une ou de deux matières pendant un temps donné pour accomplir une tâche plus longue qu'à l'accoutumée. 

    Le problème des EPI est qu'ils multiplient les projets à mener, confrontant les enseignants au constat de l'insuffisante cohérence des programmes des différentes matières entre eux. 

    Tous les exemples d'EPI présents sur le net sont systématiquement déséquilibrés : il y a toujours une matière qui est lésée. Par exemple, le français, s'il veut rentrer dans le cadre des projets interdisciplinaires, doit très souvent sacrifier sa dimension littéraire et se contenter d'être un apprentissage de la communication en langue français. A contrario, le professeur de français fera des pieds et des mains pour y justifier sa place, par exemple en faisant faire de la poésie sur un thème scientifique.

    Autre déséquilibre : celui du temps qu'on se propose de consacrer à tel ou tel objet de connaissance. Pour justifier d'un projet, forcément plus long qu'un cours "normal", il faut bien monter en épingle un cas particulier, tout à fait intéressant en soi et dans le contexte du programme, mais qui ne nécessite en aucun cas d'être traité en long et en large pendant plusieurs semaines, au détriment d'autres points du programme. 

    Ces déséquilibres, entre matières et entre objets de connaissance, sont dus à cette fameuse incohérence des programmes. Le ministère n'a pas fait l'effort de concevoir des programmes où puissent se croiser véritablement les matières. Par "véritablement", j'entends des objets de connaissance commun, et non des compétences transversales qui ne constituent pas la spécificité de la matière elle-même. La déconnexion des programmes de français et d'histoire dans le projet de nouveaux programmes est ainsi symptomatique d'une méprise quant aux conditions de possibilité d'une véritable interdisciplinarité, sous forme de projet ou non.

    Le ministère impose donc l'interdisciplinarité sans la rendre possible.

    3 - Le latin et le grec

    Tout cela peut être contourné au niveau local. Il est probable que dans bien des établissement, les équipes et les individus s'arrangeront pour faire un peu comme avant : des EPI où l'on fera cours, avec une part minime d'interdisciplinarité et des projets suffisamment vagues pour coller à des progressions classiques. 

    Mais la véritable victime de la réforme est le latin. 

    Le bilangue et l'euro aussi, me dira-t-on, ainsi que l'allemand et les autres langues "minoritaires". C'est vrai. Mais, personnellement, les options euros et bilangues ne m'ont jamais convaincu de leur utilité. S'il s'agit de défendre les langues autres que l'anglais et l'espagnol, il me semble plus efficace d'établir des quotas par région : plus d'allemand dans l'Est, plus d'espagnol vers les Pyrénées, et du néerlandais dans le Nord. Pourquoi une matière obligatoire devrait-elle être choisie par l'élève ou ses parents ?

    Le latin, en revanche, vit de son statut d'option, à défaut d'être une matière obligatoire. Il est maintenant établi que la tripartition de l'enseignement du latin, entre cours de français, EPI et cours de complément, aura pour effet une baisse drastique des élèves apprenant la langue latine à partir de la rentrée 2016.  Si l'on prend en compte la difficulté qu'il y aura à créer un EPI de Langues et Cultures de l'Antiquité, pris sur les cours de français, je pense qu'il y aura aussi une baisse du nombre d'élèves apprenant la civilisation latine. 

    On est donc très loin du "latin pour tous", slogan adopté après coup par le ministère, quand des résistances se sont fait sentir au moment de l'annonce de la réforme, slogan que seule l'association du GRIP a pris au mot dans sa proposition de programme de latin

    Ne parlons pas du grec...

    ***

    Tout compte fait, la réforme ne va pas baisser le niveau des élèves encore plus bas qu'il ne l'est déjà. En revanche, elle gênera le travail des professeurs, les soumettra à des injonctions contradictoires et portera le coup fatal à une matière qui est pourtant d'une grande utilité dans le cursus des élèves. 

    Pour tout cela, je fais grève. 

     

     


    5 commentaires

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  • Nouvelle infographie pour mes premières.

     


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  • Petite infographie, avec Piktochart cette fois. 

    Un pense-bête pour ne pas "sécher" dans une explication de texte.

     

     

     

     


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