• Lycée : le défi Racine !

    Lycée : le défi Racine !

    Classe de seconde vraiment captivée par la lecture professorale.

     

     

    La tragédie classique est un monument du français au lycée. On n'ose pas le déboulonner, mais on ne s'y attaque pas franchement. 

    Faire lire une pièce de Racine ou de Corneille en entier ? Seuls s'y risquent quelques téméraires charismatiques, capables de galvaniser la classe de seconde face à un défi à première vue insurmontable. 

    Pour ma part, je m'arrête un peu avant et propose à mes élèves un "groupement de textes" tiré d'une seule des pièces de Racine (en l'occurrence Andromaque). Cela suffit bien pour leur donner une image à peu près fidèle de l'écriture racinienne et du genre tragique. 

    D'autres font encore un pas en arrière et étudient une suite d'extraits tirés de plusieurs tragédies classiques. Un peu moins loin encore, et l'on proposera un groupement sur le genre tragique dans sa globalité. Les plus prudents ne feront lire qu'un extrait de tragédie (ou pas du tout).

     

    Toujours est-il que la lisibilité des tragiques classiques pose problème aux élèves de lycée. 

    J'ai expérimenté il y a quelques temps une mise en page qui tente de rendre plus aisée la compréhension des répliques, tirades et autres monologues raciniens. 

    Plusieurs astuces permettent de fissurer l'abord monolithique de cette suite monotone d'alexandrins. 

     

    1. La numérotation

    La technique est empruntée aux vieux manuels de longs morceaux choisis, qui numérotaient non pas les paragraphes des récits, mais des unités narratives ou énonciatives comportant de un à plusieurs paragraphes. Ainsi, c'est le mouvement du texte qui est rendu visible.

    Pour faciliter la distinction des répliques, la première lettre de chacune d'entre elles est graissée. 

    2. Le décalage

    Au sein d'un même mouvement numéroté, des alexandrins sont rassemblés deux par deux, quatre par quatre le plus souvent. La progression de l'argumentation ou du récit est explicitée. Le lecteur se repère plus facilement grâce à ces décrochages, qui lui servent de point de repère. 

    3. Le titrage des parties

    Chaque petite partie est titrée. On donnera prioritairement aux quelques vers ainsi définis le nom d'une action. Le personnage qui parle fait quelque chose quand il parle : il interroge, il s'inquiète, il regrette, se plaint, prophétise ou vaticine. Nommer ces actions permet de faire comprendre sur la longueur le caractère "pragmatique" de la parole théâtrale. 

    Les élèves pourront être invités à paraphaser ces parties, ou bien une réplique, en se servant du verbe propre qui lui aura été indiqué (voir ma petite réflexion sur la paraphrase). Au lieu d'un "Pylade dit que" (suit le contenu du propos du personnage), on aura un "Pylade conseille de", qui permet de comprendre davantage l'intérêt qu'on les personnages de parler et celui du dramaturge de les faire parler. 

    Parfois, c'est le nom d'une émotion qui sert de titre. On sait que les "passions", au sens rhétorique du terme, donne forme au dialogue théâtral classique et que les contemporains recevaient ces répliques à travers des catégories préexistantes, dont Aristote avait fixé la nomenclature. 

    Les passages de "récit", moment où le personnage raconte une action qui s'est passé hors de la scène, sont singularisés par les majuscules et une absence de titrage intermédiaire : ce sont les étapes du récit qui prennent alors le pas sur des distinctions pragmatiques et émotionnelles. 

     

    Voilà ce que cela donne : 

     

    Naturellement, il reste bien des difficultés dans ces extraits. Mais les exercices de paraphrase, de résumé, de relevé du plan en sont facilités, et la lecture cursive en est rendue plus accessible. 

     


  • Commentaires

    1
    Florence
    Vendredi 13 Février 2015 à 15:11

    Je voulais vous remercier pour cet exemple. J'enseigne Shakespeare dans le texte à des licence 1 et je crois que vous venez de me proposer une solution élégante pour leur permettre de mieux appréhender le texte!

    2
    Vendredi 13 Février 2015 à 15:51

    J'en suis ravi. 

    Si cela pouvait faire école...

    Pour des textes en langue étrangère, cela doit être d'autant plus utile.

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