• Varier les exercices en cours de littérature : les "termes choisis"

     

    Premier billet du recensement des exercices que je fais pratiquer en classe de littérature. 

    Un objectif : parvenir à développer l'intuition et la réflexion littéraire de mes élèves. 

    Un moyen : proposer des exercices variés et bien distincts les uns des autres. 

    Un principe : éviter à la fois le technicisme et le subjectivisme, en accordant toute son attention aux mots du texte. 

    1) Quel intérêt?

    Cet exercice permet d'introduire à la réflexion sur les textes, dans la perspective des deux exercices jumeaux que sont le commentaire (encore demandé le jour du bac) et de l'explication de texte (qui a disparu, mais que je fais pratiquer de manière intensive en seconde).

    Il permet de sortir d'une approche du commentaire qui ne cherche qu'à confirmer des idées toutes faites par des références globales au texte (champs lexicaux tautologiques, procédés de tout types, catégorisations grossières, etc.)

    Je me réclame ouvertement de la démarche de Servais Etienne, professeur d'histoire de la littérature à Liège et inventeur dans les années 30 de "l'analyse textuelle", dont il expose ainsi les principes : 

    Il faut lire attentivement, en songeant toujours que l'écrivain ne met à notre disposition que des mots ;

    En songeant toujours que l'écrivain sait ce qu'il fait, même quand la chance l'a aidé dans ses trouvailles ;

    Il ne s'agit pas d'expliquer l'idée de l'écrivain : c'est lui qui est là pour cela ;

    Si l'on n'est pas décidé à sympathiser avec lui aussi longtemps qu'il est possible, inutile d'essayer ; il faut se laisser aller naïvement à la suite des mots : c'est difficile et indispensable ;

    Mais le but n'est pas de noter la réaction du lecteur ; encore moins d'oublier cette réaction, sans laquelle le fait littéraire n'existe pas ; le but est de rendre compte des moyens du texte.

    Réagissant à la domination de l'histoire littéraire dans la pédagogie de la littérature de l'époque, Etienne préconisait d'en revenir au texte lui-même, perçu comme une suite de mots qui avaient fait l'objet d'un choix. Le rôle du lecteur cherchant à analyser ces choix était "d'aller naïvement à la suite des mots", dans une démarche purement linéaire. 

    Il s'agit de s'interroger du choix du mot par l'écrivain : "Pourquoi ce mot plutôt qu'un autre ?", mais aussi de la relation entre les mots : "Pourquoi ce mot relié à tel autre ?" Cette attention au choix des mots induit aussi une attention à l'ordre des mots ("Pourquoi ce mot après ou avant cet autre mot ?") et ne peut être fructueuse si le mot en question n'est pas comparé avec d'autres mots du même texte qui l'ont précédé ("Ce mot en rappelle-t-il un autre ?").

    Mais la démarche de Servais Etienne, d'après ce qu'on peut en lire aujourd'hui, est un peu monotone : lire mot à mot un texte en en méditant chaque terme l'un après l'autre n'est pas à la portée d'un élève de seconde, en tout cas pas longtemps, et pas en début d'année.

    En outre, la méthode linéaire d'Etienne conduit à l'explication de texte linéaire et est difficilement applicable dans un commentaire de texte dit "composé". 

    C'est pourquoi je propose aux élèves de choisir certains des mots à expliquer. Ainsi, ils éduquent leur intuition littéraire, en faisant des paris sur les mots qui auront le plus de sens, d'importance, d'intérêt. En outre, si tous les mots du texte n'auront pas été étudiés à égalité, du moins un nombre non négligeable d'aspect du texte à expliquer seront passés en revue au terme de cet exercice. 

    Le caractère de défi présent dans la consigne quantitative de l'exercice (Choisir un nombre arbitraire de mots à expliquer) a de plus quelque chose de plaisant et de stimulant pour les élèves. 

     

    2) Quelles conditions ?

    Il faut exiger que les élèves ne choisissent qu'un seul mot. Pas un groupe nominal, une expression ou plus. Plus le segment choisi est long, plus les propos que tiendront les élèves seront généraux. 

    Au contraire, plus le segment est court, plus l'élève est obligé de vraiment mobiliser les ressources du bon sens et de la réflexion littéraire que l'on veut mettre en place. 

    Pour éviter qu'ils restent secs, on leur rappelle que l'on peut dire seulement trois choses sur les textes : on peut les décrire, les analyser et les interpréter. On leur fournit aussi la fiche récapitulant les 4 types d'interprétations possibles : rôle, effet, jugement et réflexion.

    Ainsi, pas de raison de ne rien avoir à dire. 

    Il est intéressant de coupler cet exercice avec l'exercice préalable consistant à établir le plan du texte. On pourra ainsi demander de choisir tant de mots par partie, pour balayer l'ensemble du texte. Avec un poème, c'est simple, on demande un mot par strophe !

    Enfin, ces essais d'explications sont évalués par des badges qui montrent le profil qui a été celui de l'élève lors de l'exercice, afin de lui indiquer les qualités et les défauts qui ont été les siens. Il suffit pour cela d'inscrire le nom du badge obtenu en haut de la copie, en plus de l'appréciation. Les élèves se reportent à la feuille où figurent tous les badges qu'il est possible d'obtenir.

    J'ajoute que je réserve cet exercice au début de l'année. Il est très utile pour faire table rase de quelques mauvaises habitudes. Progressivement, j'avance en allongeant les textes et en élargissant l'empan de l'explication (du mot à l'expression, puis au vers ou à la proposition et à la phrase).

     


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